Beat Streuli,
l'insaisissable


Le Palais de Tokyo a ouvert ses portes en ce début d'année (2002), en suscitant plus ou moins la polémique. Dans ce lieu, Beat Streuli y expose des photographies couleurs surprenantes et impressionnantes de personnes anonymes. Elles s'imposent à la vue du spectateur dès son entrée à sa droite. Le commun des mortels s'érige tout en hauteur en laissant apparaître ses traits avec la lumière. Les photographies ont l'originalité d'être exposée sur les vitres latérales du musée. Elles apparaissent délicatement et subtilement en transparence jouant le jeu de l'apparition et de la disparition selon l'inclinaison de la lumière. Le sujet devient une véritable icône comme dans une église.

photographie
La transparence rend les contours parfois difficilement saisissables, ils se dissolvent ou surgissent avec plus ou moins de densité ou de netteté ce qui rend l'image plus énigmatique. La lisibilité du sujet n'est pas amoindrie bien au contraire, l'immensité des images permet de reconnaître un homme, une femme. Ils apparaissent le jour à l'intérieur des lieux et disparaissent la nuit pour être vus seulement de l'extérieur. Ces sujets sont des portraits saisis dans leur cadre de vie avec une certaine brutalité puisqu'ils apparaissent tel quel sans mise en scène ou travestissement. Les photographies sont insaisissables par leur transparence et leur grandeur. Le sujet anonyme devient icône en ce lieu qu'est le musée. La transparence évoque inéluctablement ou implicitement les vitraux que l'on trouve dans les cathédrales érigés tout en hauteur avec des couleurs chatoyantes. Les photographies de Beat Streuli ont ce rôle iconique sauf qu'il ne s'agit plus de Dieu ou des Saints mais de l'homme dans sa plus simple humanité ce n'est pas celui qui est connu et reconnu de tous mais celui qui absolument inconnu de tous. Peut être qu'ils vous rappelleront quelqu'un un ami, un parent tout au plus. Ces portraits représentent un ensemble de personnes avec des distinctions, des différences qui leur sont spécifiques leur âge, leur nationalité, leur sexe.


Beat Streuli photographie essentiellement des personnages qui ont la particularité d'être issus du monde quotidien quelque soit leur genre, leur nationalité, leur âge, leur sexe. Ils semblent parfois vouloir s'acharner à saisir l'humanité toute entière. Ces personnages sont des vieux, des ouvriers, des étudiants qui sont d'un seul coup affichés mis en exergue par le simple acte photographique et ils sortent de leur anonymat en étant exposés il s'exposent aux yeux de tous.


Les photographies sont dans un contexte où la création est en émergence. Le Palais de Tokyo est un lieu d'expérimentation où apparaîssent et se distinguent les portraits de Beat Streuli. C'est étrange de voir le décalage entre la sophistication de ces personnages et les œuvres qui sont aux alentours qui surgissent par petit morceau.


Le lieu est intriguant du fait qu'il n'a rien à voir avec les musées traditionnels où les murs sont lisses. Ici le lieu est en émergence en donnant l'impression que l'œuvre est en train de se faire et qu'elle n'est jamais terminée. Par contre les photographies sont réellement abouties dans un lieu où l'errance ou le balbutiement sont à l'honneur où l'hésitation est une référence où l'erreur est autorisée où le spectateur peut s'exprimer dans le respect. Les photos du lieu sont prédominantes et très peu de photos de Beat Streuli d'une part parce qu'elles sont insaisissables d'autre part pour préserver l'énigme des portraits.


Par Laurence Bagot


Infos pratiques


Exposition en 2002 au Palais de Tokyo
Site de création contemporaine
13, avenue du Président Wilson 75116 Paris
Tel : 01 47 23 54 01
Site www.palaisdetokyo.com


Ressources Web


Site Internet de Beat Streuli :
www.beatstreuli.com


Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique


Chronique par Laurence Bagot

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