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Biographie MARC GARANGER

Marc Garanger, un personnage sympathique au caractère bien trempé.

La biographie de garangerC’est dans une petite localité du Perche, à Lamblore, que j’ai rencontré Marc Garanger, un personnage sympathique au caractère bien trempé.

Marc Garanger est né le 2 Mai 1935 à Ezy Sur Eure.A 10 ans, du fait des problèmes de santé de sa mère, il poursuit sa scolarité dans un internat Drouais. Comme il est bègue, les élèves de sa classe, se moquent de lui, lorsqu’il prend la parole.Le professeur, un frère des écoles chrétiennes, l’enjoint d’écrire sur une ardoise, qu’il doit lever au dessus de sa tête lorsqu’il souhaite s’exprimer. Il passe ainsi presque un an enfermé dans un mutisme total.
A défaut de pouvoir communiquer avec la parole, à partir de 1950, il  apprend à voir avec l’appareil photo de ses parents, un Folding 6X9. C’est ainsi que la passion de la photographie se révèle à lui.

Pour son baccalauréat, en 1953, son père lui offre son premier appareil photo, un Foca standard.

1955, à 20 ans, il se refuse à partir à la guerre. Il obtient un sursis de cinq ans, avec l’espoir que la guerre soit finie d’ici là.Après des études universitaires à Lyon, il devient photographe professionnel et collabore auprès du Recteur de l’université de Lyon, à la création du CRDP de l’académie.

Son ami, l’écrivain Roger Vailland lui fait entrevoir l’absurdité des conflits coloniaux. Durant ses quatre mois de classes, il refuse de faire l’école des sous officiers, et c’est en soldat de 2ème classe qu’il se retrouve au fin fond du Bled en mars 1960. À 25 ans, le voilà affecté à Aïn Terzine, à 100 kilomètres au sud-est d´Alger, dans un régiment d’infanterie.On lui confie le  secrétariat du commandement, compte tenu qu’il est bachelier.

Ayant pratiqué comme photographe depuis dix ans, il laisse traîner des photographies, afin que le commandant de Bordj-Okriss les remarques. Il parvient à ses fins, et quelques semaines après, bien qu'il n'y ait pas de service photo dans un régiment d'infanterie, le voilà promu photographe du régiment.Il installe un labo de fortune et pendant deux ans, réalise plusieurs milliers d'images. Il est le témoin d’atrocités, et se voit confier d’aller photographier les cadavres pour ce que son supérieur nomme « son tableau de chasse ».

Il dit « [...] Mon premier contact avec la réalité de cette guerre, c’est Saïd Bouakli. Quel choc ! La réalité, c’est le mensonge, l’horreur. Et donc, pour survivre, pour m’exprimer avec mon œil, puisque les mots sont inutiles, je prends mon appareil photo. Pour hurler mon désaccord. Pendant vingt-quatre mois, je n’ai pas arrêté, sûr qu’un jour je pourrai témoigner, raconter avec des images. Personne ne s’étonnait de me voir photographier : c’était mon travail de soldat… C’est ce qui m’aura permis de traverser ce désert. A la fois le premier et vraisemblablement le plus long de mes reportages. Vingt quatremois. Toute une vie… La rencontre avec un peuple. L’observer, le comprendre, l’aimer. Et tout cela avec d’autant plus de force que l’idéologie militaire dominante de l’époque distillait autour de moi le mépris, la haine, la violence. »

Extrait du livre ‘’ La guerre d’Algérie vue par un appelé du contingent’’ aux éditions du Seuil.

Vers la fin de son service, l’armée française décide de ficher les populations autochtones pour leur attribuer des cartes d’identité nationale, le capitaine lui demande de réaliser les photographies d’identité des habitants dans chaque village. Il entreprend d’enregistrer ces portraits avec son point de vue personnel, et offre un cliché recadré de 4cm par 4cm, à sa hiérarchie.Peu avant son départ, Marc Garanger avait découvert un livre du photographe Américain Edward S. Curtis, une étude photographique et anthropologique des indiens d’Amérique du nord, une œuvre d’envergure (20 volumes). Il a le sentiment que l’histoire se répète.

En Algérie alors, les hommes ayant pour la plupart pris le maquis, ce sont majoritairement des femmes qui défilent devant l’objectif de son Semflex.Durant l’unique permission qui lui est attribué en 1961 il entre clandestinement en Suisse. C’est ainsi, que malgré les risques encourus, il obtient la publication de six images dans le magazine Suisse L´Illustré.

Meurtri par les scènes, qui lui sont données à voir, il n’a eu de cesse, depuis 50 ans de présenter ses photographies, pour témoigner, en multipliant les expositions, d’abord en France, puis en Europe et ensuite outre Atlantique.

De retour en France, il s’installe à Lyon comme photographe indépendant.Il gagne sa vie avec des photographies de stand en couleur à la Foire de Lyon.En 1964, il réalise un reportage sur les funérailles de Palmiro Togliatti à Rome.

Il devient lauréat du  prix Niépce en 1966, à 31 ans, avec le reportage des portraits de femmes algériennes, qui font l’objet de publications dans la presse du monde entier.Il voyage ensuite en Tchécoslovaquie, puis en URSS, en Arménie, en Lituanie, jusqu’en Yakoutie, au nord-est de la Sibérie Orientale, dont il rapporte des images étonnantes de chamans qui formeront un livre.

Un temps avec l’agence Rapho, il effectue de nombreux reportages sur le monde du travail et sillonne tous les continents, quelquefois pour le compte de magazines tels Réalités, ou Constellation.Il dit : « je photographie le monde et les gens dans leurs environnement ».

Entre 2003 et 2004, il réalise un reportage à Phnom Pen sur l’association La Chaîne de l’Espoir,  fondé par le Pr Alain Deroche, un chirurgien qui soigne les « enfants bleus », des malades qui souffrent d’une malformation cardiaque de naissance qui leur donne cette couleur par le manque d’oxygénation.En 2004, il retourne en Algérie, afin de retrouver des personnes photographiées 44 ans auparavant.

Le travail de Marc Garanger a donné lieu à plus de trois cents expositions en France et dans le monde, notamment à la BPI du Centre Georges Pompidou, à la Fondation Cartier, à la Biennale de Venise, aux Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles, au Museum of Modern Art de San Francisco, à l’Hôtel de Sully, au Musée du Quai Branly, au Musée de la Civilisation au Québec…Ses photographies sont présentes dans de nombreuses collections particulières et publiques : Musée Nicéphore Niepce (Chalon-sur-Saône), Fondation Nationale de la Photographie (Lyon), Cabinet des estampes de la BNF, DRAC Paris, Galerie du Château d’eau (Toulouse), Musée Réattu (Arles), MOMA (New York), SFMOMA (San Francisco).

En 2010, il obtient le Prix du New York Photo Festival pour l’ensemble de son oeuvre.

Le fond d’archive de Marc Garanger compte plus de 2 millions de photographies.Aujourd’hui, « avec 60 ans de boulot », comme il dit, il s’occupe de monter des expositions un peu partout en France.Pour l’heure, c’est à L’Ar(t)senal de Dreux, dans un nouveau lieu dédié à l’art contemporain, qu’il expose 200 photographies qui vont nous faire voyager en Louisiane, au Cambodge, ou dans le Grand Canyon.On y voit également des portraits de  Charles de Gaulle, Michel Foucault, Roger Vaillant, Louis Aragon, Dino Buzzati, Jacques Chirac…
Son fils, Martin, a réalisé les beaux tirages de l’exposition dans son atelier spécialisé de Montreuil, en région parisienne.

Roland Quilici


L’Ar(t)senal
5 Place Mésirard  28100 Dreux
Du 23 février au 14 avril.
Ouverture du mardi au dimanche de 14h à 18h.


Bibliographie :
« Femmes algériennes 1960 » sorti en1982 aux éditions Contrejour.
« La Guerre d'Algérie : vue par un appelé du contingent »1984, aux éditions du Seuil.
« Louisiane,entre ciel et terre », 1989, aux éditionsContrejour.
« Taïga, terre de chamans », aux Editions de l’Imprimerie Nationale 1997.
« Femmes algériennes 1960 », 2002 aux éditions Atlantica.
« Russie, visage d’un empire », aux Editions Des Syrthe 2003.
« Ecomusée du Perche, Image d’un village Percheron, Préaux et les préaliens», 2005.
«Marc Garanger : retour en Algérie » avec un texte de Sylvain Cypel, en 2007aux éditions Atlantica.

Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

Chronique par Roland Quilici
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