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André Kertesz

André Kertesz

Par Roland Quilici 

photographieAndor Kertész est né en Hongrie, le 2 juillet 1894. Fils cadet d'une famille juive qui compte quatre garçons, il perd son père, homme d'affaire, de la tuberculose, en 1909, alors qu'il n'a que quinze ans.

C'est dans un grenier, qu'il découvre des revues de photographie, à l'origine de sa vocation future. Son oncle l'aide à suivre des études d'économie à l'académie du Commerce où il obtient un diplôme en 1912. Il trouve  ensuite un emploi, qu'il déteste, à la bourse de Budapest.

Avec ses premières économies, il achète son premier appareil photo, un Ica 4,5 X 6 cm, avant de se voir enrôlé dans l'armée austro-hongroise en 1914. Il photographie ses compagnons d'infortune, dans les péripéties de la guerre en Europe centrale et dans les Balkans durant l'année 1915. Blessé au bras gauche, il reste paralysé pendant une année entière. Il est envoyé à Esztergom pour se reposer. Là, il  photographie des gitans, des enfants  et prend sa sublime photo du nageur. 1916, il reçoit un prix, décerné par le magazine " Borsszem-Janko ", pour un autoportrait original.

Il voit ses premières photos publiées dans le journal Erdekes Ujsag en 1917. Malheureusement la plupart de ses plaques seront détruites durant la révolution Hongroise de 1918. Après la guerre il retourne travailler à la bourse et fait la connaissance d'Elizabeth Saly qui deviendra sa femme plus tard. 1922, il reçoit un diplôme de l'association Hongroise de photographie.

photographieIl décide de poursuivre dans cette voie, contre l'avis de sa famille, et exauce son rêve d'aller à Paris en 1925. Il réalise un chef d'œuvre, avec son  cliché chez Mondrian, où il donne à voir l'entrée de la maison du peintre hollandais, avec l'escalier et le vase posé sur la table, dans une composition admirable.

C'est à Montparnasse, dans le café du dôme, qu'il rencontre des artistes et intellectuels tels  Mondrian, Chagall,  Brancusi, Colette, Eisenstein ou Tristan Tzara, dont il fera le portrait. Proche des surréalistes ou du constructivisme, il n'adhère cependant pas à l'un de ces mouvements. Pour gagner sa vie, il vend des cartes postales réalisées à partir de ses photos. 1926, il aide son compatriote Hongrois, Brassaï, à entamer sa  prodigieuse carrière de photographe.

1927, sa première exposition a lieu à la galerie " Le sacre du printemps ". Il collabore à de nombreux journaux, tel le "Frankfurte Illustrierte " ou le " Berliner Illustrierte " et le " Times ". C'est pour la revue " Sourire ", entre 1932 et 1933, qu'il révolutionne le nu, avec ses " Distorsions " en offrant une vision novatrice de la photographie. Il travaille avec Ribemont-Dessaignes pour la revue " Bifur ".

Il épouse Rózsa Klein, photographe, plus connue sous le nom de Rogi André, dont  il se sépare deux ans plus tard. 1928, il fait l'acquisition d'un Leica et devient l'un des premiers photographes à adopter ce petit appareil télémétrique utilisant le film 35 mm, qui deviendra le must des reporters. Lucien Vogel, créateur du célèbre hebdomadaire " Vu ", lui offre l'opportunité de travailler pour ce journal précurseur qui privilégie  l'image. A l'exposition de Stuttgart " Film und Foto " il montre l'image de " la fourchette " qui reflète la tendance photographique de l'époque. Il expose ensuite à Essen en 1929, ainsi qu'à New York en 1932. Sa photo légendaire, de Magda Förster danseuse burlesque, à la composition parfaite, réalisée dans le studio du sculpteur Istvan Bëothy, ou la photo du pont de Meudon, sont  des exemples du talent de ce précurseur qui a influencé Henri Cartier Bresson qu'il rencontre alors qu'il est étudiant.

" Il m'est impossible de décrire avec des mots la perpétuelle surprise qui surgit des photos de Kertész. Cette surprise, à mon avis, provient de son exceptionnelle jouissance visuelle ainsi que du lien profond qu'il établissait  avec le pays, avec la ville où il vivait. Sorte de mariage où il s'approfondissait, parfois avec des déchirures comme lorsqu'il quitta son pays natal, puis l'Europe.
Une certaine surdité qui se déclara à la fin de sa vie a peut-être contribué à ce qu'il se sente isolé, mais sa vision est toujours restée alerte, perspicace et interrogative.
Ceci dit, l'essence de toutes ses photographies ne se décrit pas plus qu'un parfum ".
Henri Cartier Bresson.

Il épouse ensuite Elizabeth Sali avec qui il part  pour New York où il signe un contrat avec l'agence de Presse Keystone. Contraint de rester à cause de la guerre, il commence une collaboration avec Harper's Bazaar, Look, Vogue et Colliers. 1941, il se voit interdit de photographier étant considéré comme " enemy alien ".Ses photos ne sont plus publiées durant quatre années. Sa femme crée une affaire de parfums.

De 1949 à 1962, sous contrat avec Condé Nast, il photographie des intérieurs de maisons célèbres, pour le magazine House & Garden, ce qui ne l'enthousiasme guère.

Il vit des années sombres. 1944, il prend la nationalité américaine. 1952, il s'installe dans un appartement, sur la Cinquième Avenue, qui donne sur  Washington Square. Il photographie de sa terrasse avec un téléobjectif, ce qui donnera lieu à l'édition d'un livre en 1975. Hospitalisé, il décide de mettre un terme à son  contrat avec l'éditeur Condé Nast. A partir de 1963, il se consacre à la photographie pour son plaisir. Cette même année, il obtient la médaille d'or à la biennale de Venise et est exposé à la Bibliothèque nationale à Paris.

Il fait l'objet d'une exposition au Muséum d'art moderne de New York en 1964,  qui va relancer sa carrière. 1972, il est enfin reconnu et entame des voyages. 1977, il est exposé au centre Georges Pompidou. De 1979 à 1981, il réalise des photos en couleurs avec le procédé Polaroid qui seront publiées dans " From my window ".
Il se verra décerner la légion d'honneur et le grand prix national de la photographie en 1983.

1984, il fait donation de l'ensemble de ses négatifs, ainsi que de sa correspondance, à l'Etat Français. Il décède le 28 septembre 1985 à l'âge de 91 ans, à son domicile New Yorkais. Quelques unes de ses photographies font partie des photographies les plus célèbres du siècle et sa cote atteint des sommets dans les ventes aux enchères. Comble d'ironie, ses archives conservées par l'Etat Français, au Fort de Bois d'Arcy, sont en train de s'abîmer, faute d'être correctement stockées.

Je profite de la tribune, qui m'est donnée ici, pour signaler aux amoureux de la photographie, qu'il existe une association, qui s'appelle l' ADIDAEPP, qui a été créée pour sauvegarder le patrimoine de collections photographiques, telles celle d' André Kertész et d'autres photographes contemporains.
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site Web: www.adidaepp.org

Bibliographie :

A noter, l'ouvrage de Noël Bourcier prochainement disponible :
Andre Kertesz
de Noël Bourcier
Langue Français Éditeur : Phaidon Press Ltd. (8 juin 2006)
Collection : PHOTOGRAPHY
Format : Broché - 128 pages
ISBN : 0714846201

Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

Chronique par Roland Quilici
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