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Josef Sudek

Josef (Václav František) Sudek est né en Tchécoslovaquie, le 17 mars 1896 à Kolín, en Bohême, dans une ville industrielle au bord de l’Elbe, située à une trentaine de kilomètres de Prague. Son père, Václav est peintre et décorateur en bâtiment. Sa mère se prénomme Johanna. Il est le deuxième enfant d’une famille qui en compte trois. Un an plus tard, Bozena, sa soeur, voit le jour. Elle aussi, d’ailleurs, aura une carrière photographique.
Josef a trois ans, lorsque son père décède des suites d’une pneumonie. Sa mère emmène ses deux enfants à Nové Dvory, ville dont elle est originaire, chez des cousins qui sont boulangers. A la mort de ces derniers, Josef hérite de la boulangerie, il n’a alors que huit ans. Il devient soutien de famille.
Il fait ses études primaires dans cette ville de 1902 à 1908. Son niveau scolaire est médiocre, et il s’intéresse aux livres. A quatorze ans, Il décide de faire l’apprentissage du métier de relieur, et part à Prague pour faire son apprentissage.

Il pratique la photographie dès 1913, avec un IKa 6 X 3. Il prend des photos de paysages, des autoportraits, et  des vues de la ville de Prague. A dix sept ans, après deux ans d’étude à l’Ecole royale des métiers à Kutna Hora, et trois ans d’apprentissage, il obtient son diplôme. Il exerce comme relieur à Nymburk, jusqu’à son service militaire.
Déclaré inapte, dans un premier temps, pour des raisons obscures peut-être des problèmes cardiaques, Josef doit finalement effectuer son service militaire de trois ans dans l’infanterie austro-hongroise. Il est envoyé à Zatec, puis à Kadaň en décembre 1915, avant de rejoindre Udine, sur le front italien.
Moins d’un an après, il en revient blessé, suite à l’explosion d’un obus de sa propre artillerie. L’infection de son bras droit se propage en gangrène, et il doit être amputé jusqu’à l’épaule. Il passe trois ans dans les hôpitaux militaires, et décide de faire des portraits de ses camarades d’infortune. Il lui est devenu impossible d’exercer son métier de relieur, et on lui offre un travail de bureau, qu’il refuse.
Joseph SudekIl s’installe à Prague et fait la connaissance du photographe Jaromir Funke qui devient un ami. On lui offre de tenir un bureau de tabac ou de devenir employé, Faute de goût pour ces activités, il décide de répondre à des commandes photographiques pour gagner de l’argent, et s’inscrit à un club de photographes.
En 1921, il fait une demande pour suivre des études à l’Ecole nationale d’arts graphiques, mais il n’obtient une bourse que l’année suivante. Il a comme professeur Karel Novak, un élève de l’école photographique Viennoise, qui lui fait découvrir Edward Weston, Clarence Hudson White, Josef Růžička, et Drtikol. Il devient membre de l’Association des photographes amateurs et remporte un premier prix dans la catégorie paysage lors de la XII é édition de leur concours annuel.
Sa pension d’invalidité lui offre la possibilité de se consacrer à la photographie, ce qu’il fait s’inspirant du style pictorialiste en vogue à l’époque.
1923 : Il participe à la première exposition de l’association des clubs photographiques tchèques avec 23 photographies, aux côtés d’Edward Weston et Clarence White. Ses clichés affichent déjà des tarifs 5 fois supérieurs à ceux de ses compatriotes. Il voyage en Belgique, en Autriche, en Suisse, en Allemagne et en France.
1924 : il devient le co-fondateur, avec Jaromír Funke (1896–1945), Adolf Schneeberger (1897-1977), et Ludvik Dvořák (1891-1969) de la Société Photographique de Prague (Pražskou fotografickou společnost).
Il obtient son diplôme, cette même année.
1926 : il expose à la première exposition de l’Association des photographes-amateurs Tchécoslovaque. Il retourne en Italie avec des amis  musiciens de l’orchestre philarmonique de Prague pour faire un pèlerinage des lieux qu’il a connus durant la guerre. Il apprécie beaucoup à la musique, et  affectionne particulièrement Leos Janacek, un musicien tchèque renommé. Il collectionne des disques qu’il passe sur un Gramophone, et il convie ses amis le mardi soir, à venir écouter de la musique à ses côtés.
Il a de nombreux amis artistes d’horizons divers, et notamment  Jaroslav Seifert,un écrivain célèbre, le peintre Jan Zrzavý, Linhart Lubomír, un sculpteur, ou encore l’architecte Otto Rothmayer qui l’accompagne lors de ses sorties photographiques.
Les instances photographiques le renvoient parce qu’ils refusent qu’il ait recours à la retouche.

Décembre 1926 : il débute une collaboration avec le magazine ‘’Druzstevni prace’’ , avec lequel il tient sa première exposition personnelle lors du salon ‘‘Krasna jizba’’.
Il présente ses travaux à des salons photographiques en Europe et aux Etats-Unis. Janvier 1928, il ouvre son studio, rue Ujezd, au pied de la colline Petřín, avec Adolf Sheeneberger. Il appose le panneau «photographie d’art» sur le fronton de son atelier.
Devenu professionnel, il prend des portraits de  soldats mutilés de guerre, avec pour seul but de payer le loyer de son modeste atelier.
La revue ‘’Druzstevni prace’’ présente ses prises de vue de la cathédrale Saint Guy . Cette série de photos lui vaut le titre de photographe officiel de la ville de Prague.

1932 : il devient membre de l’association d’artistes Beseda.
1936 : il abandonne le pictorialisme pour se convertir à une forme de photographie plus directe, pure.

L’invasion nazie en 1939 le fait se replier sur lui même.

1940 : il découvre une épreuve d’un format 30 x 40 cm d’une statue de la cathédrale de Chartres, qui n’est pas un agrandissement, mais un tirage obtenu par contact. Il est tellement impressionné par la qualité du rendu, qu’il décide dès lors de n’avoir plus recours à d’autres procédés, craignant que le tirage n’altère la qualité de reproduction de l’image. Sudek passe une annonce pour trouver une assistante. Il rencontre Sonja Bullaty (1924-2000) après la guerre. Cette jeune femme juive, d’origine tchèque, a survécu aux camps nazis. Après deux années passées à ses côtés, elle part retrouver une lointaine famille, à Chicago, emportant clandestinement ses photographies. Elle va promouvoir son travail, en  présentant ses photos à New York, puis en publiant un livre en 1978.

Au début des années cinquante, Sudek acquiert un appareil photographique ancien Kodak, dont le champ de l’objectif est de 112° (grand angle).
Le format du négatif du Kodak Panorama est de 10 cm x 30 cm (appareil dit « de banquet »). Il l’emploie pour enregistrer presque 300 vues panoramiques de Prague tout à fait étonnantes qui sont publiés en 1959 dans un ouvrage intitulé « Praha panoramica». Cette même année, il emménage dans un nouveau studio, à Hradčany, dans Prague, au rez de chaussée d’une petite maison. Il garde son ancien laboratoire photographique. Il réalise  beaucoup de natures mortes, dont les plus célèbres sont celles qu’il prend depuis la fenêtre de son petit atelier en bois.

Sudek est considéré comme un maître de la photographie de nature morte et de paysages. Lumières voilées, ciels couverts, sont synonymes d’une atmosphère et d’un rendu tout à fait unique, qui renforcent la dramaturgie. Ses images paraissent avoir un rapport avec le traumatisme de son amputation, et les difficultés rencontrées tout au long de sa vie, notamment l’invasion nazie, et le quotidien d’un homme qui vécut sous le joug du régime communiste.

1961 : on lui attribue le Prix de la ville de Prague.
1961 : il est exposé au côté de Eikoh Hosoe, Bill Brandt, Ray K. Metzker et John Wood.
1966 : il est fait Chevalier dans l’ordre du mérite tchèque pour son travail.

Sa première exposition hors de son pays prend place au studio Bullaty-Lomeo à New York en 1961 puis avec 4 autres photographes à la Lincoln University of Nebraska, en mai 1968. La George Eastman House de Rochester NY lui offre une rétrospective en mai-juin 1974, rétrospective qui sera présentée à la Corcoran Gallery de Washington D.C. l’année suivante. En 1974 il est aussi à la Light Gallery de New York .
1977 : exposition à l’ International Center of Photography de New York, et Dokumenta 6 à Kassel. En octobre 1981 il est à la Galerie du Château d’Eau de Toulouse. Invitation au musée d’Art de Philadelphie en 1990 et l’éditeur américain Aperture lui consacre un ouvrage, Josef Sudek, Poet of Prague accompagné d’une biographie signée Anna Farova.

Il ne s’est jamais marié et  a vécu avec sa sœur.

En avril 1976, le Musée des Arts Décoratif de Prague organise une exposition rétrospective reprise par la «Photographer’s gallery» de Londres. Atteint d’un cancer, il décède, d’une crise cardiaque à l’âge de 80 ans et six mois, le 15 septembre 1976 à Prague.

Josef Sudek est à ce jour, le plus célèbre des photographes Tchécoslovaques.
Malgré cela, on ne trouve pas trace de lui dans le dictionnaire encyclopédique Larousse des photographes. Il était exempt d’ambition quant à la reconnaissance de son œuvre, et c’est sans doute pour cette raison qu’il prenait autant de plaisir à la pratique de ce qu’il ne considérait pas être un art. On le compare souvent à Eugène Atget, car il a lui aussi exploré chaque coin de sa ville, Prague, comme Atget l’avait fait pour Paris.

Certains critiques estiment qu’il appartient à l’école des surréalistes de l’objet.
Ses influences, il les trouve dans la peinture de Jean Baptiste Simeon Chardin (1699-1779), dans celle du Caravage (1571-1610), et des vieux maîtres de la peinture flamande.

70 000 mille négatifs composent le fonds du photographe mis à jour par Anna  Fárová,(1928-2010), historienne Franco-Tchèque qui a connu Sudek de son vivant et a publié plusieurs ouvrages de références sur son œuvre.

Chez Sotheby’s-Paris lors d’une vente aux enchères organisée durant le mois de novembre 2010, à l’occasion de la manifestation Paris Photo, plusieurs photographies de Josef Sudek ,ont atteint des prix élevés : une photo détenue par la galerie Johannes Faber, a atteint la somme de 300 750 euros, ce qui constitue un record mondial pour l’artiste. Une nature morte datant de 1952, a été adjugée pour 250 000 euros, et une autre, ‘’Vase et Rose Morte’’, a été vendue 190 000 euros.
Le studio en bois, qu’il occupait près du château a brulé en 1985 et a été reconstruit à l’identique en 2000, pour devenir un musée.

Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

Chronique par Roland Quilici
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