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François Kollar

KollarFrançois Kollar est né (Frantisek Kollar) , à Sznec en Slovaquie le 8 octobre 1904.
C’est une petite agglomération, proche de l’ancienne capitale de ce pays,(Poszony) à l’époque sous domination Hongroise (régime de Horthy).
Son père, Machial est employé des chemins de fer, et sa mère Maria Hlavati  est mère au foyer,et  élève ses quatre enfants.
Jeune garçon, il vit une enfance heureuse avec ses trois soeurs à Plavecky Stvrok.
A 14 ans, il continue des études , à l’école supérieur technique de Presbourg, l’ancienne capitale Slovaque, et ce dans la langue Hongroise.
Il rêve alors de partir en Amérique.
Passionné par la photographie, il prend des paysages , avec un Ermanox Ernemann 10 X 15 que son père lui a offert.
Ses soeurs et sa mère,deviennent ses premiers modèles.
Il développe ses films,  tire ses épreuves, dans la cave de la maison , transformée pour son usage en laboratoire.
A la fin de la grande guerre,  Presbourg devient Bratislava,suite au traité de Versailles, ce sont les Tchèques qui s’imposent.
L’usage de la langue Tchèque entre en vigueur, et pour cette raison,François Kollar arrête ses études.
Son père, l’aide à obtenir un emploi dans les chemins de fer.Il est nommé à Nove Zamky, pour premier emploi: l’entretien des voies ferrés.
Après quatre années, il obtient une promotion, et une mutation à Bratislava, à la Direction centrale des chemins de fer.
Tandis, qu’il se rend à sa nouvelle affectation, il décide , de ne pas descendre du train, qui l’y conduit, il n’a que 20 ans, lorsqu’il arrive à Paris.
Sur les conseils d’un ami, il descend dans un hôtel chic des Champs-Elysées, et se trouve rapidement sans argent.
Bien qu’il n’ait , que de vagues notions de la langue Française, il trouve un  premier emploi de tourneur sur métaux , avant d’être ajusteur aux usines de la Régie Renault, à Boulogne-Billancourt..
Il perfectionne son Français, avec pour unique idée en tête, celle de quitter le travail à l’usine, pour devenir photographe.
1927, il trouve enfin un travail, dans un studio photographique, spécialisé dans la reproduction d’oeuvres d’art.
Par l’entremise de Benito, un dessinateur Espagnol, il est introduit dans la célèbre imprimerie Draeger et Frères spécialisée dans le graphisme et la publicité.
Il réalise alors quelques images publicitaires, alors qu’il est chef de studio, notamment pour les pneus Goodrich, qui paraissent dans L’Illustration, sans que son nom ne soit mentionné.
Il met en pratique la surimpression, le photo montage, la solarisation, et fait preuve d’originalité dans son style.
1929, son père vient le voir à Paris, afin de lui proposer de rentrer au pays, pour l’aider à ouvrir un studio de photographie à Bratislava.
Après deux mois ,il est de retour à Paris, pour  retrouver Fernande Papillon, une jeune femme , qui va devenir son épouse, le 30 octobre 1930.
Son emploi chez Draeger perdu, il est engagé chez Chevojon, un studio spécialisé dans le reportage industriel et dans la photographie d’architecture, puis collabore auprès de l’imprimerie Lecram press.
André Vigneau, qui officie comme directeur artistique, et qui est son beau  frère, l’aide durant quelques mois, à apprendre le métier.
Début 1930, les premières photos signées de son nom apparaissent dans la revue suisse Silber Spiegel.
En avril, Jo Davidson, un artiste Américain, lui demande de lui faire des photographies de ses sculptures.
Ayant appris que le photographe ne dispose pas d’un studio, il lui propose de lui prêter son atelier, situé au 17 rue de la Tour, dans le XVI é ardt, et l’aide à acheter du matériel photographique.
En novembre, François Kollar s’inscrit au registre du commerce , en qualité de photographe.
La photo publicitaire est en train de voir le jour, et Kollar se lance dans cette activité.Il obtient de réaliser des clichés pour les stylos Alfred Dunhill, pour les parfums Worth, ou pour des chaussures qui paraissent dans Vu, Vogue ou l’Illustration.
Fort d’une bonne maîtrise technique, ses clichés sont  aussi remarqués de ses confrères,  Brassaï, André Kertész, Emeric Feher, Robert Capa,Ergy Landau, tous d’origines Hongroises.
Il devient ainsi l’une des figures de l’avant garde.
Il participe à l’exposition de Munich, qui se déroule de juin à septembre 1930, avec certaines des figures de la photographie contemporaine, notamment ,Nora Dumas, Florence Henri, André Kertèsz, Germaine Krull, Ergy Landau,Roger Parry, Emmanuel Sougez,  André Vigneau...

Maximilien vox, qui travaille auprès des éditions Horizons de France, comme créateur, lui offre de réaliser une grande enquête photographique sur le monde du travail en France. L’imagerie de ce domaine est peut représentée,à l’instar de ce que l’on trouve dans d’autres pays étrangers, ce qui va donner un caractère d’autant plus intéressant , à cette entreprise.

Le 13 février 1931, François Kollar signe un contrat,pour un ouvrage qui doit s’appeler «La France qui travaille».
A 27 ans, il rencontre ainsi une opportunité unique d’exprimer son talent, pour ce qui va constituer la plus grande enquête photographique jamais réalisée, par un seul photographe, en France, avant guerre.
Ce travail , initialement prévu sur une durée de deux ans, l’occupe presque quatre années, pour effectuer des prises de vues qui le conduiront jusqu’au fond des mines.
La sidérurgie, l’automobile, l’aviation, la pêche, les ports et les phares, la batellerie, le rail, l’électricité, le bâtiment, le verre, la céramique, la mode, la filature, la presse, la biologie, la vigne, la forêt, les fleurs,et les marchés, sont les sujets couverts par un ouvrage, dont l’héliogravure ,qui fait  alors son apparition, va apporter une avancée , dans la qualité de reproduction, des photographies.
Il parcourt  ainsi plus de quarante départements français, et réalise deux cent reportages. 
C’est finalement , sous le titre: ‘’La France travaille’’, qui présente 1 358 photographies sur les 2 769 initialement soumises à l’éditeur, que ce photographe va marquer l’histoire.
Quelques autres illustrations empruntées à d’autres opérateurs seront publiées, dans l’ouvrage.
Il se déplace en train, avec une  chambre photographique Gilles Faller de format 13 X 18 , qu’il affectionne, qui nécessite un gros effort , pour l’enmener dans des ateliers, ou des lieux peu accessibles, telles les mines de Longwy.
Il doit également utiliser de l’éclairage, avec des projecteurs de cinéma, et des ampoules de magnésium.
L’éditeur après accord avec différentes sociétés, (et non des moindres), on y retrouve quelques fleurons, de l’industrie Française, laisse carte blanche au photographe.
Celui ci explore les lieux et décide du sujet et de la façon de le mettre en valeur.
A l’inverse de Margaret Bourke White , ou de Lewis Hine,françois  Kollar , bien qu’il fut ouvrier lui même, ne manifeste pas dans son travail le désir de faire passer ses convictions politiques.
Ayant été ouvrier chez Renault,il  garde en mémoire les quarante huit heures de travail par semaine, et mesure bien les conditions de travail des hommes et des femmes qu’il enregistre.
A son retour ,il s’occupe de réaliser les épreuves, qui pour les besoins de l’édition, font l’objet de recadrage, ce qui dénature la pureté de ces cadrages, qui sont à voir comme des clichès, de belles facture.
La revue d'avant-garde mensuelle  Art et Médecine , lui passe une commande, pour un reportage sur le port de Bordeaux.
Avril 1934,pour finir en beauté son périple, il organise une exposition personnelle, à la galerie de la Pléiade, à Paris ,dans laquelle il présente une trentaine de ses photographies, pour la plupart issues de son enquête.

Mars 1936, l’Exposition internationale de la photographie contemporaine,  à lieu au musée des Arts décoratif, et certaines de ses photos y sont montrées.
Une autre exposition : «Dix photographes parmi les meilleurs exposent actuellement à Paris» qui paraît dans le magazine Vu ,montre dix photographies de chacuns des artistes.
Parmi ces dix photos présentées par Kollar,  on trouve des photos de travailleurs, dont une sur un luthier des Vosges.
Parmi les autres figurent Brassaî, Boucher,Nora Dumas,Ergy Landau, Kertèsz,Ylla,Maurice Tabard et Pierre Zuber.
Beaumont Newhall, récemment nommé directeur artistique du Musée d’Art moderne de New York organise en mars 1937, une  exposition, intitulée «Photography 1839 -1937» dans  laquelle on trouve des photographies de François Kollar,au côté d’autres images qui appartienent à l’histoire.

1937, François Kollar photographie Melle Chanel,dans la suite qu’elle occupe, à l’hôtel du Ritz,  pour vanter le parfum fétiche, de la marque de haute-couture.
Le parfum Chanel N°5, fait l’objet d’une campagne de presse qui apparaît dans Harper's Bazaar.

D’autres portraits tels ceux de la duchesse de Windsor, de Jean Cocteau, de Salvador Dali, d’Edith Piaf, ou de Charles Trenet, sont une des facettes de son activité.

Par le biais du magazine, Harper’s Bazaar, il est amené à photographier les collections des  grands couturiers. il collabore pour Hermès,Elsa Schiaparelli,Coco Chanel, Maggy Rouff, Jean Patou, Christian Dior, Jacques Fath, Nina Ricci, Jeanne Lanvin et Pierre Balmain.

1939, le pavillon français de l’exposition internationale de New York se pare d’un agrandissement géant de sa photographie d’un porteur de rail qui croise les bras.
Durant la seconde guerre mondiale, il cesse son activité de photographe,part avec sa famille au château de Vayres, dans le Poitou, après en avoir fait l’aquisition, et se lance dans le commerce,  ouvre une boutique d’électricité à Poitiers, pour permettre à sa famille, de subsister.
En 1945, de retour à Paris, il s’installe dans un nouveau studio , rue Notre Dame de Lorette, et participe à plusieurs expositions , à Paris, Bratislava, et New York.
1965, il démarre un commerce de photographie à Créteil, ou il meurt le 3 juillet 1979.
En 1981, Guy Mandéry,dans la revue Photomagazine, dont il est le rédacteur en chef, est le premier à lui rendre hommage, avec l’organisation d’une exposition aux Rencontres de la Photographie d’Arles, qui permet de le faire découvrir du grand public.
En novembre 1985, Anne-claude Lelieur, responsable de la bibliothèque Forney, et historienne d’art, présente une belle exposition, à l’hôtel de Sens.
Fernande Kollar,la veuve du photographe avec laquelle elle travaille depuis deux ans , à cette manifestation meurt quelques jours avant l’ ouverture.
La publication du catalogue, puis, la sortie un an plus tard d’un second ouvrage aux éditions du Chêne, vont ainsi  permettre de redonner un nouvel éclairage sur ce photographe quelque peu oublié et méconnus. (La France travaille. François Kollar, Regards sur les années trente,  editions Mairie de Paris, 1985).
En juin 1987, Marie Françoise, Jean-Michel et Jean-Bernard  Kollar, les  trois enfants du photographe, font une donation du fonds Kollar, qui contient 29 000 négatifs noir et blanc, 1 000 diapositives couleur, 200 négatifs couleur, et 2 600 tirages d'époque, auprès de l’état Français.Certains négatifs, sont des plaques de verres couchées au nitrate.
Une exposition au Palais de Tokyo en 1989, à également pris place.

Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

Chronique par Roland Quilici
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