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Pierre Verger

Par Roland Quilici

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photographie

Pierre Edouard Léopold Verger est né à Paris le 4 novembre 1902.

Il est le troisième garçon de Léopold Verger, un imprimeur d’origine Belge venu s’établir en France. Elevé dans le XVIe ardt de Paris, il fait l’objet d’un renvoi du lycée Janson-de-Sailly pour indiscipline en 1917, puis de l’école technique Bréguet en 1920. Il mène alors une vie insouciante de dandy.

De 1930 à 1931, il travaille auprès de l’éditeur Claude Tolmer.

Février 1932, à l'âge de 30 ans, après avoir perdu sa mère, sa seule famille restante, il décide de changer de vie. Habité par le sentiment de vivre une vie ennuyeuse, à travailler à l’imprimerie familiale, avec la peur de vieillir, il à l’idée de mettre un terme à sa vie à quarante ans.


Il décide de vivre en voyageur solitaire.

«Plus aucune raison de garder cette espèce de dignité apparente».

Début  1930, il décide de partir, à pied, dans le Midi avec  comme seul bagage un sac à dos, et un appareil photo Rolleiflex d'occasion.

Il parcourt  la Corse, et prend ses premiers clichés, avec Pierre Boucher, un photographe ami, avant d’embarquer pour Tahiti, pour mettre de la distance avec son milieu. Il passe un an et demi à découvrir les îles de la Polynésie, avec le désir d’imiter Paul Gauguin, photographiant les pêcheurs et le quotidien des Tahitiens.

1934, à son retour d’Océanie, il rencontre l’ethnologue Georges Henri Rivière, qui est le sous directeur du musée d’Ethnographie du Trocadéro, actuel musée de l’Homme, afin de photographier des objets.

Certaines de ses photographies font l’objet d’une exposition.

Il travaille  bénévolement comme responsable du Laboratoire Photographique de ce musée, à faire des tirages d’exposition, et côtoie les ethnologues de ce lieu, que sont Marcel Griaule, Alfred Métraux, Germaine Dieterlen, Hélène Gordon-Lazareff, Michel Leiris, Paul-Emile Victor, André Schaeffner, ou Gilbert Rouget. Il fréquente également des intellectuels, et les poètes, tels les frères Prévert, Marcel Duhamel, Roger Blin, ou Jean-Louis Barrault.

Durant une soirée passée au Bal Nègre de la rue Blomet, conquis par la culture noire, il  décide de partir pour les Antilles.

Entre  février et décembre de cette année 1934, il fait le tour du monde pour le compte du quotidien Paris Soir, au côté de Marc Chadourne et Jules Sauerwein, deux journalistes réputés.

Il rejoint la première agence  photographique  Française « Alliance Photo », dirigé par Marie-Jeanne Eisner en décembre de cette année, au côté de René Zuber, Pierre Boucher, Denise Bellon, Emeric Féher, Gaston Karquel, et Suzanne Laroche, tous amis, qui en sont les autres membres.

René Zuber dirige le studio de prise de vue au sein de l'agence de publicité Damour qui devient leur lieu de rencontre.

Il voyage en Italie, puis en Espagne.

Un contrat avec le journal anglais Daily Mirror, lui permet en1935, d’effectuer son premier voyage en Afrique, au Mali.

Soudan, Dahomey, Togo, puis Niger suivent.

1936, il voyage aux Antilles, puis au Mexique.

1937 à 1938, il se rend en extrême orient, aux Philippines, et en Indochine en passant par l´union soviétique.

De la Chine, il rapporte également des images mémorables.

photographieLa revue Arts et Métiers graphique lui commande un reportage sur l’exposition universelle de Paris, et Beaumont Newhall, conservateur du MOMA de New York sélectionne ces photographies avec celles de Maurice Tabard, Emeric Féher, Eugène Atget, Denise Bellon, et Pierre Boucher pour y être présentées à l’exposition historique « Photography 1839-1937».

De 1935 à 1953, l’éditeur Paul Hartmann, directeur de Mercure de France publie 35 livres, qui utilisent ses images, soit en totalité, comme l’ouvrage sur Cuba, ou sur le Mexique(1938), soit en partie comme ceux sur l’Italie, des Alpes à Sienne (1936), l’Espagne(1935), le  Brésil, et le Congo Belge. Ces ouvrages présentent l’architecture, la vie quotidienne, les fêtes populaires et  le milieu naturel.


1939, il est au Mexique, où il photographie l’exil de Trotski, puis au Brésil.

Il est affecté dans les services photographiques à Dakar.

Durant la guerre, il vit en Amérique du Sud.

1942 à 1944, il travaille comme photographe pour le Musée de Lima au Pérou et collabore en 1945 à un ouvrage consacré aux coutumes des péruviens.

Pendant quatorze années, de décembre 1932, à août 1946, il explore ainsi le monde, en nomade.

A chacune de ses escales, il prend des photos, qui vont devenir au fil des décennies, un témoignage exceptionnel sur les civilisations en voie de disparition.

Il vit exclusivement de la photographie vendant ses clichés à Paris-Soir, ou à « The Daily Mirror » (sous le pseudonyme de M. Lensman).

Il devient correspondant de guerre en Chine pour le magazine  Life. Match, Regard, Vu, la Revue des Médecins, sont quelques uns des titres de presse qui le font connaître.

A 43 ans, après avoir lu  « Bahia de tous les Saints » ( Jubiabá), l’un des livre du célèbre écrivain brésilien Jorge Amado, il s’embarque à bord du navire « Comandante Capela », et arrive à Salvador de Bahia, au Brésil le 5 août 1946.Sa rencontre avec  ce personnage qui décrit si bien cette ville marque le début d’une grande histoire d’amour, avec la « perle noire du Brésil », nommée ainsi ,pour sa  population en partie noire qui rassemble de nombreux descendants africains, dont il dit : « C'est l'un des rares endroits du monde où l'on peut vivre sur le même plan amical avec des gens d'origine ethnique différente ».

Il vient passer cinq, à six mois pour réaliser des reportages photographiques pour le journal brésilien O’Cruzeiro. Il s’intéresse à la culture à travers le carnaval, les danses, et la capoeira. Il va finalement  élire domicile dans ce pays qui le fascine et faire des recherches sur le culte des orixás. Roger Bastide, universitaire Français qui vit au Brésil,  lui révèle l’existence du Candomblé (Culte afro-brésilien). Après un reportage à Recife (Pernambouc) sur les rites nagos, Théodore Monod, alors directeur de l'Institut français d'Afrique noire (IFAN), lui conseille d'étudier les correspondances entre les deux rives de l'Atlantique. Il lui obtient une bourse d’études, pour documenter les cultes du Dahomey. Il présente à ce dernier plus de deux mille négatifs ainsi que des notes sur le culte des orishas (Saints qui habitent les corps pendant la transe) et le culte vaudou, ou (vodoun).

Il devient anthropologue, avec comme sujet la traite négrière qui va devenir l’accomplissement de sa vie. Il devient un passeur entre l'Afrique et le Brésil, fort de sa fascination pour le culte afro-brésilien et le syncrétisme religieux.

Il s’astreint malgré lui à un long travail d’écriture. Son domaine de recherche se concentre sur l'histoire, les coutumes et la religion des peuples Yoruba en Afrique Occidentale ainsi que sur leurs descendants à Salvador de Bahia.


photographie1953, Lors d’un séjour à Kétou au Bénin, il étudie l'Ifa, une divinité traditionnelle Yoruba, et est admis au grade sacerdotal de Babalawo. Après avoir étudié la culture Yoruba et son influence sur le Brésil, Verger est initié à la religion du Candomblé, par la prêtresse Mae Senhoa, et devient ainsi un Africain parmi les Africains. Pierre Verger porte désormais le nom de « Fatumbi » qui signifie « né de nouveau par les grâces d'Ifá ».


« Lorsque de Bahia je suis retourné dans le golfe du Bénin, je ne me sentais plus ni photographe, ni ethnologue. J’avais un peu l’impression d’être un descendant d’Africains qui retournait sur la terre de ses ancêtres, en quête de racines.»

Il s’ouvre ainsi les portes de la connaissance de traditions orales secrètes des Yorubas.

1954, il publie Dieux d'Afrique, un remarquable ouvrage, à la fois photographique et ethnographique.

1956, l’éditeur français Robert Delpire publie ses photos dans « Indiens pas morts » au côté de celles de Werner Bischoff et de Robert Frank.

1960, après avoir longtemps habité un petit hôtel, il achète une petite maison en bois, situé dans le quartier Vila América.

1962, il intègre le Cnrs. (Centre National de Recherche Scientifique). 1966 à 50 ans, il obtient le titre de docteur en sciences africaines de la Faculté des Sciences et Lettres de l'Université de la Sorbonne à Paris.

1968, il publie sa thèse, Flux et Reflux sur la traite des nègres entre le golfe du Bénin et Bahia de Todos os Santos.

En tant que chercheur, il fait l’objet d’invitation de la part de nombreuses universités, et participe à de nombreuses conférences. Il enseigne à l’université d’Ifé au Nigeria pendant trois ans.

A la fin des années 1960, il cesse de prendre des photographies, effectue des voyages de recherche en Afrique, et publie plusieurs ouvrages.

Il se consacre alors à la diffusion de ses archives.

1973, il enseigne à l’université de Bahia.

1980, l’éditeur Corrupio publie ses premiers ouvrages au Brésil.

1988, il crée la Fondation Pierre Verger et aménage sa modeste demeure en un laboratoire de recherches.

Il vit dans l'une des favelas de Salvador comme un ascète, dans une petite maison peinte en rouge, et recouverte d’un toit en zinc. Vêtu à la manière d’un africain, avec un pagne, il marche pieds nus. Il a pour compagnon, un chat nommé Jean-Jacques.

Il compte de nombreux admirateurs.

Ses archives riches d’environ  62000 négatifs réalisés entre 1932 et 1979, s’accompagnent de documents personnels, et d’une importante correspondance. La Fondation Pierre Verger a organisé une importante exposition en France, en 2005, dans le cadre de l’année du Brésil en France, mais c’est avec l’exposition intitulée "Le Messager" organisée par la Revue noire en 1993 au musée d´arts d´Afrique et d´Océanie, que l’œuvre de Pierre Verger a été redécouverte.

Pierre Verger décède à Salvador de Bahia, au Brésil, le 11 février 1996, à l’âge de 94 ans.

Le site Web de la Fondation Pierre Verger : www.pierreverger.org

Pour ceux qui veulent en savoir plus, l’excellent ouvrage de Jérôme Souty , intitulé"Du regard détaché à la connaissance initiatique : Pierre Fatumbi Verger ", aux éditions Maisonneuve et Larose est à commander d'urgence au Père Noël.

Roland Quilici

En savoir  plus sur les illustrations de cet article :

Photo 1 : Le messager par Pierre Verger - Editions Power House Books - ISBN-13: 978-1881616818
Photo 2 : O Japão de Pierre Verger - Editeur ImageCompanhia Editora Nacional
Photo 3 : Pierre Verger, messager entre deux mondes - Film de Lula Buarque de Holanda - Mars 2005

Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

Chronique par Roland Quilici
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