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Denis Brihat

Par Roland Quilici

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photographieTandis que les cigales chantent dans les collines, et qu’il fait chaud, je profite de mon passage à Montbrun-les-Bains, une petite localité provençale situé dans la Drôme, pour rendre une petite visite de courtoisie à Denis Brihat, un photographe talentueux, avec lequel, je suis voisin.

« Mon sujet de prédilection est la nature : je m’y plonge et j’y trouve matière à réflexion, contemplation, plaisir que j’essaie de traduire, ou transcender (par mon métier) pour la donner au regard d’un spectateur futur. Révéler les choses et aller au delà. De l’autre côté du miroir.»
Denis Brihat

Denis Brihat est né le 16 septembre 1928, d’un père ingénieur et d’une mère musicienne. Il fait des études secondaires, musicales, puis devient tour à tour apprenti électricien, cuisinier de chantier, et bûcheron.

1947, il décide de devenir photographe.

Après un bref passage sur les bancs de la célèbre école de photographie de la rue de Vaugirard, à Paris, il est appelé sous les drapeaux, et se retrouve affecté comme photographe reporter en Allemagne, auprès de la 5e division blindée.

1950, lors d’une permission, il voit l’exposition de photographies d’Edward Weston, qui va l’influencer dans sa recherche photographique.

Cette même année, il rejoint la vie civile et travaille pour les monuments historiques, puis fait partie du groupe « Espace », un collectif d’artistes qui officie dans le domaine de l’architecture moderne.

1952, il quitte Paris, pour Biot, une petite ville du sud de la France, au bord de la Méditerranée, où il exerce ses talents de photographe d’illustration.

C’est à cette période qu’il débute ses « photos-tableaux ».

1955, il part en Inde effectuer un travail d’iconographie pour deux ouvrages, l’un pour les éditions Flammarion, l’autre pour Arts et Métiers Graphiques.

Il en rapporte une série de reportages dont un sujet sur les Sikhs pour le compte de l’agence Rapho avec laquelle il collabore.

C’est durant cette période, qu’il rencontre Robert Doisneau, qui l’encourage, ainsi que quelques autres figures de la photographie Française, dont IZIS, Jean-Pierre Charbonnier, Willy Ronis...

1957, il obtient la reconnaissance de ses pairs, au travers du prestigieux Prix Niepce, pour des photographies couleur réalisées au Bengale.

Il réalise des reportages photographiques en France et à l’étranger, avant de faire une incursion dans la photographie publicitaire, domaine d’activité qu’il déteste.

1958, ne supportant plus de vivre à Paris, il choisit de s’installer dans un coin calme du Vaucluse, à Bonnieux, sur le plateau des Claparèdes, dans le Lubéron.

Aujourd’hui, ce coin de paradis est devenu un lieu de villégiature très en vue.

1962, il expose à la galerie Montaigne, chez Kodak, au côté de Jean-Paul Sudre, un de ses amis. Ce dernier, décédé en 1997, s'est fait connaître avec sa femme Claudine comme l’un des plus sérieux expérimentateurs des nombreuses techniques de virage.

1963, il édite un portfolio, limité à 50 exemplaires composés de 18 photos originales.

C’est avec la photo d’un citron réalisé en macrophotographie, qu’il obtient une mention au Prix Nadar destiné à récompenser un ouvrage de photographie.

1965 voit sa première exposition photographique au musée des Arts Décoratifs de Paris.

L'équilibre des couleurs des tirages "industriels" lui déplaît. Il décide donc, de créér ses propres couleurs, en utilisant des techniques de virages sur du papier argentique noir et blanc.

Cette technique, ô combien pointue, devient un domaine dans lequel il excelle.

Il vit en partie de la vente de ses œuvres, offrant aux collectionneurs des tirages virés à l'or, au sélénium, à l'uranium, ou au vanadium qui ont les particularités d’être extrêmement stables dans le temps.

1969, il expose au MOMA de New-York, au côté de Pierre Cordier et Jean-Pierre Sudre.

1969 il débute l’enseignement de stages photographiques dans son atelier, avant de donner des cours à l’Université de Provence à Marseille.

1970: il est invité des premières Rencontres Internationales de Photographie d’Arles.

Il explique sa recherche, comme étant : « Une photographie non pas destinée à priori à la reproduction (comme la photographie d’illustration, de reportage) mais une photographie (l’épreuve) valant pour elle-même, plus personnelle peut-être dans l’approche ; on dirait maintenant (même si je n’aime pas trop) "photographie d’auteur".

J’avais la certitude alors qu’une photographie pouvait jouer un rôle identique à celui de tout autre technique picturale (peinture, gravure…) : je pense, et je pense toujours ( !) qu’il y a une approche spécifique à ce médium – loin, comme je la conçois, de l’approche des pictorialistes, par exemple.

Mon sujet de prédilection est la nature : je m’y plonge et j’y trouve matière à réflexion, contemplation, plaisir que j’essaie de traduire, ou transcender (par mon métier) pour la donner au regard d’un spectateur futur.

Révéler les choses et aller au delà. De l’autre côté du miroir.

Déjà, à cette époque je vis mon métier comme une discipline : chaque moment, chaque geste sont importants, et déterminent, ou ont une influence sur, l'étape précédente ou suivante.

C’est alors que j’eus l’idée, afin de répondre à certaines exigences de présentation, des « tableaux photographiques ». Je fais alors des œuvres de différents formats, du 30x40 cm jusqu’à 2m.x1m.

Je travaille en noir et blanc car la couleur  "Kodak" (la seule à peu près à l’époque) ne me satisfait pas pour mon propos.

Les sujets : la nature. J’y vis au cœur, et dans une grande solitude. Elle m’apporte, avec la musique un fondement à ma vie, une structure. C’est peut-être cela que j’essaie de traduire (de transcender) inconsciemment – J’écoute énormément de musique et particulièrement du Bach (mon disque est "L’offrande musicale").

Je fais déjà de grandes études sur tel ou tel sujet (Le Citron par exemple), mais lorsque je regarde avec le recul des années, je constate, que même si j’ai traité de nombreux sujets, il y a un lien évident, récurrent : c’est une étude systématique des formes, des structures de l’architecture de la nature.

Reprenant des extraits du texte de présentation de sa première exposition au Musée des Arts Décoratifs de Paris, en mars-avril 1965, il dit :

« Le centre de ma vie depuis 18 ans : la photographie, elle est mon principal moyen de culture. Toutes les techniques photographiques, je les ai travaillées. Elles me sont précieuses dans mes recherches actuelles .Je ne suis peut être pas un artiste, mais certainement un homme de métier.

La main pense aussi.

L’étude « poétique »  de la nature me fait pressentir quelques grandes lois valables en physique comme en psychologie.

Si mes sujets paraissent parfois bien humbles, ils sont tout de même un univers, et après tout, y’a-t-il une humilité pour la beauté ?

Mon rôle est de «constater » cette beauté et d’en être si possible le « révélateur ».

Parmi mes pairs, j’admire surtout Edward Weston, l’homme et le photographe.

Combien de fois ai-je enragé en constatant que j’avais traité, sans le vouloir, le même sujet que lui, de la même manière ou à peu près, 30 ans après, et pourquoi pas ?

Je vis en Provence sur un plateau de garrigue très aérée. Une « borie » de pierres sèches, un laboratoire construit en dur, de mes mains ; un cerisier près du puits, autour, des chênes verts. Par delà la combe, le Lubéron, comme une grosse baleine bleue.

Au nord, le Ventoux, un grand Fuji yama en cinémascope, l’hiver.

J’ai plus souvent la hache, la scie, la truelle à la main, que la caméra, est-ce un aspect de l’indépendance ?

Contre le trop plein de solitude, quelques amis dans le coin. Surtout des paysans qui comprennent mon travail, ils m’aident ou je les aide quand il le faut. Il y a dit-on, dans mes images un petit côté japonais. Une similitude de pensée et de goût, je crois, détermine une identité de formes. Je ne me sens à l’aise que dans la nature.

Je ne cherche pas mes sujets.

Je me promène dans la montagne et ils s’imposent à moi. Dans l’instant, je ne sais ce qui me pousse à fixer telle chose, impérativement, sous tel angle.

Ensuite, l’épreuve en main, je comprends parfois.

J’ai le sentiment de l’Unité de l’univers.

A la demande de son ami, le peintre américain Bernard Pfriem, il crée le cours de photographie au sein de L’American School of the Arts de Lacoste. Il y enseigne durant de nombreuses années.

1977, il participe à la création d’un cycle d’études de la photographie au sein de l’Université de Provence Marseille, où il enseigne durant deux ans.

1978, malgré l’enseignement qui occupe son temps, il présente de nombreuses expositions. Il cesse les stages de formation en 1976. 1980, il inaugure des workshops d’une semaine dirigés par lui même, ou par d’éminents confrères, tel Hélène et Rachel Théret, Jean Dieuzaide, ou Louis Bernnard d’Outrelandt.

1987, il  reçoit le Grand Prix photographie de la ville de Paris.

Durant les années 1980 à 2000 il se consacre à la réalisation de séries, sur plusieurs années, qui prennent pour objets, des oignons, des coquelicots, des cerisiers, des tulipes, des kiwis, des arbres, le cœur de fleurs, ou le fortuit.

1997, il tire quarante photographies intitulées Sables, qui sont exposées à la Galerie de la Gare à Bonnieux durant l’été 1998.

Cette année là, il cesse toute forme d’enseignement pour se consacrer uniquement à son œuvre.

Si vous avez la chance d’être à Biot, à partir du 19 septembre 2008 et jusqu'au 19 novembre 2008, vous pourrez admirer les images de Denis Brihat de ce petit coin charmant prises durant les années 50, ainsi que ses œuvres récentes à l’Office du Tourisme.

Le site Internet de Denis Brihat : http://www.denisbrihat.com

En savoir  plus sur les illustrations de cet article :

Photo 1 : Le jardin du monde de Denis Brihat, Michel Tournier, Paul Jay, Charles-Henri Favrod - Editeur : Le Temps Qu'il Fait - ISBN-13: 978-2868534477

Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

Chronique par Roland Quilici
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