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Claudia Andujar

  • Published in Biographies

 

photographieClaudia  Andujar, est une photographe Brésilienne. Elle est née Claudine Haas, à Neuchâtel, Suisse, le 22 juin 1931, d’un père juif hongrois, et d’une mère suisse. Sa famille part pour la ville roumaine d’Oradea, une ancienne ville hongroise du nom de Nagyvarad. Les Haas entretiennent des liens étroits avec le pouvoir austro-hongrois. Son arrière grand-père a exercé comme médecin personnel de l’empereur. Claudia vit son enfance dans un foyer aisé.

1942, elle poursuit ses études dans une école israélite. Après avoir été forcée de quitter le foyer de son père, elle trouve refuge dans une école catholique. En mars 1944, l’armée allemande annexe la Hongrie. Adolph Eichmann arrive à Budapest pour organiser la déportation de plus de 400 000 juifs vers le camp d’Auschwitz en Pologne, de mai à juillet.

Sa famille se voit confisquer tous ses biens, et leur maison est fermée sur ordre de la police. Ils sont tous envoyés dans le ghetto. Son père est déporté dans le camp de concentration de Dachau, où il est tué. La plupart de ses proches sont massacrés à Auschwitz ou dans d’autres camps. Claudia se cache dans la maison de sa mère.

Elle et sa mère arrivent à fuir la Hongrie en passant par l’Autriche avant de gagner la Suisse par le train cachées dans un wagon à bestiaux. Elle séjournent tout d’abord à Vienne où sa mère ayant contractée  la scarlatine passe deux mois d’hôpital, tandis que Claudia est "gardée" par la Gestapo. Elle est alors âgée de treize ans.

Décembre,1944, elles vivent en Suisse. Après deux années, passées à  essayer d’oublier les affres de la guerre, Claudia part vivre à New-York chez son oncle, le docteur Marczel Haas, unique survivant du côté de sa branche paternelle. A l’université, elle rencontre Julio Andujar, un  réfugié espagnol, qu’elle épouse en 1949, principalement pour échapper à sa famille. Ils se séparent neuf mois plus tard, lorsque celui-ci, s’engage dans l’armée pour obtenir la nationalité américaine, et se trouve envoyé comme combattant en Corée du Nord.

1953 : ses études à Hunter College achevées, Claudia Andujar trouve un emploi aux Nations Unies. Elle commence à peindre des toiles abstraites. Elle  part ensuite au Brésil, à São Paulo, en 1955, pour y retrouver sa mère.  Elle  s’installe dans cette ville où elle enseigne l’anglais et continue de peindre. Pendant ses vacances, elle commence à photographier la côte de São Paulo, ainsi que l’Argentine, le Chili, le Pérou et la Bolivie. Elle présente ses toiles à l’exposition annuelle d’art contemporain de São Paulo.

1957 : dans le milieu culturel, elle rencontre  le directeur du Musée d’Art de São Paulo (MASP) Pietro Maria Bardi, le photographe Marcel Gautherot et l’anthropologue Darcy Ribeiro, qui deviennent de fervents  admirateurs de son travail. De retour à New York en 1958, elle présente sa première série de photographies des Carajás, un groupe ethnique indigène qu’elle a photographié cette même année sur l’île de Bananal. Elle rencontre des photographes américains de la Côte Ouest et présente une sélection de ses images à la galerie Limelight, à New York, une des rares galerie spécialisées en photographie.

Elle monte une exposition de ses photographies à la maison George Eastman de Rochester (NY). Elle collabore avec diverses revues brésiliennes et internationales, telles que Setenta, Realidade, Claudia, Life, Look, Fortune, Jubilee, ou  Aperture. Elle enseigne également la photographie dans des stages au MASP (Musée d'Art de São Paulo Assis Chateaubriand) au côté de Georges Leary Love, un photographe Brésilien, qui est son compagnon. Au début des années soixante, elle voyage dans de nombreuses régions du Brésil, et notamment en Amazonie.

1970 : elle rejoint l’Agence de presse Photographique Rapho-Guillomet à New York. Les éditeurs Collier Mac Millan financent et publient son premier livre, ‘‘A Week in Bico’s World". Son idée originale, pour cet ouvrage, est de décrire la vie d’un enfant d’une famille de pêcheurs de la côte de São Paolo, mais ses éditeurs pensent que les lecteurs ne pourront pas s’identifier à l’enfant et lui suggèrent de le remplacer par un enfant issu de la classe moyenne. Elle choisit donc comme sujet principal de son livre Bico, le fils de son collègue photographe Otto Stupakoff. La publication de son sujet en 1971, sur ces indiens perdus du bout du monde, marque un tournant décisif sur sa recherche photographique et ethnographique. L’obtention d’une bourse de deux ans de  la prestigieuse Fondation Américaine John Simon Guggenheim, puis d’une seconde, en 1974, ainsi qu'une autre de la FAPESP (Fondation d'Aide à la Recherche de l'état de São Paulo, pour étudier les indiens yanomami scelle son destin. Les Yanomamis sont un peuple de vingt-cinq mille personnes réparties entre le Brésil et le Venezuela qui vivent dans le bassin de l’Amazonie formé par les affluents des fleuves Negro et Orinoco. Elle passe presque trente années à enregistrer le mode de vie de ces indiens, peuple de chasseurs et d'horticulteurs de la forêt amazonienne qui vit dans un territoire grand comme le Portugal. Elle va jusqu’à cesser son métier de photojournaliste pour se consacrer à la cause de ce peuple menacé de disparition.

De 1978 à 1992, elle devient une fervente militante et fait partie de la commission pour la création de la réserve Yanomami (CCPY), (Committee for the Creation of a Yanomami Park),  puis coordonne une grande campagne de sensibilisation menée pour la démarcation des terres indigènes, qui finira par porter ses fruits et aboutira à la reconnaissance d’un vaste territoire protégée en 1993.

Alors qu’elle  photographie, suite à l’obtention de sa bourse, elle devient témoin de la transformation du paysage, et de l’apparition de la modernité dans une région reculée, habitée par ces indiens. La construction d’une gigantesque autoroute qui traverse ce territoire situé au nord du Brésil a pour résultat de mettre en péril la vie d’un peuple sans défense. Elle observe les bulldozers qui rasent les villages des Yanomamis pour faire place à du macadam afin de construire la Perimetral Norte,  une route qui doit constituer un axe important. Elle assiste à une épidémie de rougeole qui provoque la mort de plusieurs centaines de personnes en 1974. A la suite de cela, elle cesse temporairement  sa carrière de photographe pour aider à  la mise en place d’une campagne de vaccination et de soins.

Elle obtient, en 1976, une bourse du FAPESP (Fundaçao de Amparo à Pesquisa do Estado de São Paulo) pour sa recherche photographique sur les Yanomamis.. Elle se rend chez les Yanomamis de Catrimani dans la région du Roraima, où elle séjourne 14 mois. Cette même année, elle prend la nationalité brésilienne.

Durant les années 80, elle assiste à nouveau à une incursion dévastatrice de la part de chercheurs d’or illégaux venus extraire de l’or, et pour ce faire utilisant le mercure, ce qui a pour effet de polluer le fleuve Amazone.. Le métal répandu dans les rivières empoisonne les poissons, et les plantes du fleuve, dont les populations se nourrissent et qui par voie de conséquence se retrouvent contaminés.

A la fin des années 80, on dénombre pas moins de 40 000 mineurs venus faire fortune sur les rives Brésiliennes du fleuve Amazone alors que la population entière des Yanomamis n’est plus que de 11 000 habitants. L’apparition de nombreuses maladies, notamment la malaria, a pour conséquence de décimer 20 %, des habitants restants.

Claudia Andujar par son travail documentaire montre l’impact environnementale de l’extraction aurifère.

En 1993, un décret  est adopté, pour définir la démarcation du territoire des Yanomamis. De cette même année, jusqu’en 1998, elle travaille pour un programme institutionnel en faveur de ces populations. Annie Laure Wanaverbecque, la directrice artistique de la Maison Robert Doisneau, a rendu un superbe hommage à Mme Andujar lors d’une exposition qu’elle lui a consacrée en mai 2009. Hommage amplement mérité tant sur le plan de son talent de photographe que pour les qualités humaines dont elle à fait preuve pour défendre une cause qui apparaissait perdue face à l’essor de la modernité. En 2008, le ministre de la culture Brésilien, lui décerne l’Ordre du Mérite Culturel. Claudia Andujar est aujourd’hui âgée de 79 ans. Elle continue son combat et participe activement à diverses expositions internationales pour  sensibiliser l’opinion publique mondiale à la cause des Yanomamis.

Elle a publiée de nombreux ouvrages :

Amazônia (Amazonie), réalisé avec George Love, par la maison d'édition Praxis, en 1978;
Mitopoemas Yanomami (Mytho poèmes Yanomami), chez Olivetti do Brasil, en 1979;
Missa da Terra sem Males (Messe de la Terre sans Maux), chez Tempo e Presença, en 1982;
Yanomami: A Casa, a Floresta, o Invisível (Yanomami: La Maison, la Forêt, l'Invisible), chez DBA, en 1998.
En 2005, la maison d'édition Cosac & Naify publie l'ouvrage A Vulnerabilidade do Ser (La Vulnérabilité de l'Être).
En 2007, ce sont les éditions Marval, qui lui consacre un très bel ouvrage en Français, intitulé Yanomami, la danse des images.
Elle a également réalisé un film documentaire intitulé Povo da Lua, Povo do Sangue: Yanomami (People of Moon, People of Blood: Yanomami.)

Ses photographies figurent dans les collections des plus grands musées du monde, notamment au Museum of Modern Art, New York, à la George Eastman House  de Rochester (New York ), à l’Amsterdam Art Museum, au Museu de Arte Contemporânea de São Paulo, au Museu de Arte de São Paulo ; MASP / Collection Pirelli, São Paulo ; Art Museum de Houston au Texas, au Museu de Arte de Brasilia, Brésil, à la Fondation Lanna de Santa Fé, Etats-Unis, au Museu de Arte Moderna, Rio de Janeiro, à la Pinacoteca do Estado de São Paulo, au Museu Afro-Brasil de São Paulo, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain de Paris, au Museu de Arte Moderna de  Rio, dans la Collection Gilberto Chateaubriand  à Rio de Janeiro, et plus récemment à la Maison Européenne de la Photographie.

Pour tous ceux, qui souhaitent découvrir son travail, il y a un ouvrage exceptionnel paru aux éditions MARVAL en 2007, qui s’intitule : «Yanomami, la danse des images ».
Voila une idée de cadeau à mettre au pied su sapin, pour tous les amoureux de photographie.
Avec Graciela Iturbide, Sebastiao Salgado, ou Manuel Alvarez Bravo, voici l’un de mes coups de coeur.

Pour en savoir plus sur les illustrations de cet article :

Photo 1 : Yanomami, la danse des images
Claudia Andujar (Auteur), Alvaro Machado (Auteur), Elisabeth Monteiro Rodrigues (Traduction)

Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

Chronique par Roland Quilici
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