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Alfred Stieglitz

  • Published in Biographies

Par Roland Quilici

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Alfred Stieglitz est né le 1 janvier 1864 à Hoboken, au USA, dans une banlieue de New York, durant la guerre civile.

Il est le fils aîné d’une famille qui compte six enfants, et le préféré de son père. Hedwig Warner, sa mère et Edward Stieglitz, son père, sont deux immigrés, juifs allemands d’origine venus s’installer aux Etats-Unis. Son père originaire de Munden, près d’Hanovre, est à la tête d’une prospère entreprise de confection.

1871, sa famille déménage à New York au 14 de la 60e rue est East Sixtieth Street près de la 5e avenue.

Il a donc grandi à Manhattan dans une maison située en face de Central Park, entouré de son frère Léopold et de ses quatre sœurs.
Ses parents l’encouragent à faire du dessin et de la peinture, alors qu’il est en âge de le faire, mais il ne montre pas de talent particulier.
Au milieu des années 1870, Alfred rencontre un photographe nommé Irich à Oaklawn, dans la propriété de famille de Lake George (au nord de l'état de New York, près de la frontière canadienne).

Du haut de ses 11 ans, il persuade l’homme de lui montrer son laboratoire, et de lui faire voir la façon de développer ses plaques photographiques.
1876, encouragé à faire du dessin et de la peinture, au contact d’un peintre allemand, Fedor Encke qui réside chez ses parents, il ne montre pas de talent particulier.

1879 à 1881, Il fait ses études primaires dans une école privée, puis au collège de New York.
1882 il rend visite en Allemagne à Wilhem Hasemann, un peintre dont son père est le mécène.
1881, son père ayant fait fortune décide à 48 ans, de vendre son entreprise de confection pour voyager pendant deux années avec sa famille. Après un passage à Paris, Vienne et Baden-Baden, Alfred, fait des études dans la ville natale de ses parents au Realgymnasium de Karlsruhe, dans une école scientifique.

1883, il remarque du matériel photographique dans une vitrine. Il achète son premier équipement pour la somme de 7$, et cinquante cents, ($ 7,50) et se confectionne sa chambre noire.

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Il lit des traités photographiques, et  prend ses premières photographies, à 19 ans, pendant qu’il fait des études d'ingénieur en mécanique à la Technische Hochschule de Berlin.
Il abandonne rapidement ses études, pour des cours de chimie à l’université sous la tutelle de l’éminent Pr Hermann Wilhelm Vogel, une sommité dans la photochimie, à qui l’on doit l’invention des plaques orthochromatiques.

Sa  préoccupation principale de parfaire sa pratique photographique, l’amène  à assister un photographe local dans la chambre noire de sa boutique.

Il réalise quelques clichés de son logement, ainsi que quelques autoportraits, et décide de se consacrer à la photographie, avec l’assentiment moral et financier de son père, qui lui donne les moyens de poursuivre ses voyages pendant plusieurs années, tandis que sa famille a regagné les USA.

Il participe à de nombreuses manifestations photographiques, et obtient une attention croissante, et des médailles, presque à chacune de ces participations.
Durant l’été1986, Stieglitz voyage à travers l’Europe. Il prend plusieurs clichés de paysans sur la côte hollandaise, ainsi que des photos de nature dans la forêt noire. Marcheur infatigable, il parcourt plus de huit cent kilomètres dans les Alpes suisses et autrichiennes, pour fixer des paysages qui le conforte dans la pratique de sa passion.
Il s'essaie à des concours parrainés par des publications photographiques, dont « The Amateur Photographer », et remporte son premier prix, avec « A Good Joke », ce qui lui permet en partie de financer son voyage en France en 1890, et d’obtenir la reconnaissance du milieu de la photographie au travers de publications dans les pages de périodiques allemands.

Il tente une expérimentation dans une cave, avec la seule lumière d'une ampoule électrique générée par une dynamo. Il expose une plaque durant une période de 24 heures, et obtient un résultat probant, démontrant ainsi, que la lumière du jour n’est pas la seule source possible pour photographier.

1887, il  remporte le concours des photographes amateurs de Londres, présidé par le célèbre Peter Henry Emerson.
1890, à l’automne, à la demande de son père, il revient à New-York.

Celui-ci lui achète des parts dans une entreprise  spécialisé dans la préparation des plaques de cuivre utilisé par les imprimeurs pour la reproduction des peintures et des photographies.
Agé de 24 ans, Stieglitz passe cinq ans à travailler à l’Heliochrome Engraving Company, située au 162 Leonard Street dans le Lower Manhattan, ce qui ne le passionne pas, mais lui permet d’utiliser ses connaissances.
1889, il participe à l’exposition du Salon de Vienne, et découvre les travaux photographiques  de Louis-Jacques Mandé Daguerre, Fox Talbot et Julia Margaret Cameron.
1891 il rejoint la « Society of Amateur Photographers ».
1892 il achète sa première chambre en bois, de marque Graflex, et l’utilise pour photographier l’ambiance de New-York, ce qui à cette époque est novateur. Il signe des photos, qui vont devenir des classiques, notamment celle du Flat Iron building.

1893, Il se marie avec Emmeline Obermeyer, qui n’est autre, que la sœur de son associé, et ami Joseph Obermeyer.
Il devient l’éditeur en chef du journal American Amateur Photographer (1893-1896).
1895, Il part en voyage de noce à Venise, Vienne, Munich, La Hague, Paris et Londres.
Il expose au premier salon international du photo club de Paris.
1896 on lui demande de cesser ses activités d’éditeur en chef de la revue American Amateur Photographer, devant l’autoritarisme dont il fait preuve. Son style ne fait pas l’unanimité auprès des abonnés.
1897 après s’être décidé à se consacrer à la photographie artistique, il crée Camera Notes, le  journal du Camera Club de New York.
1898 Sa fille Katherine, surnommé Kitty voit le jour.

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Les parents de sa femme, comme les siens lui versent de l’argent, ce qui lui permet de ne pas avoir à se soucier de gagner sa vie.
1899 Stieglitz présente sa première rétrospective au Camera Club, avec 87 images prisent entre 1885 et1899.
Le 5 mars 1902, Alfred Stieglitz est l’un des deux commissaires d’exposition de l’ « American Pictorial Photography », la première exposition de photographie, qui se déroule au National Arts Club de New York.
Cette même année, il cesse sa collaboration à Camera Notes, et fonde le groupe Photo-Secession, au côté de 12 autres membres, dont Edward Steichen (1879-1973), Clarence H. White (1871-1925), Gertrude Käsebier (1852-1934), Alvin Langdon Coburn (1882-1966), Frank Eugene (1865-1936), John G Bullock, Dallet Fuguet (1868-1933),  Joseph T. Keiley, William. B Dyer, Robert S. Redfield (1849-1923), Eva Watson-Schütze (1867-1935), Edmund Stirling, John F. Strauss.
L’utilisation de divers procédés comme la gomme bichromatée, et le tirage au platine permet aux Pictorialistes des effets visuels proches du dessin, de la gravure ou de la peinture à l'huile. Cette tendance vient d’un souffle artistique européen insufflé par la Brotherhood of the Linked Ring, un groupe photographique londonien issu d'une rupture avec Royal Photographic Society. Stieglitz est le premier américain à adhérer au mouvement pictorialiste anglais.
Janvier 1903, il débute l’édition et la publication de la luxueuse revue Camera Work, qui présente chaque semaine des photographes, avec des textes critiques de référence. La revue comporte 50 numéros au total, dont le dernier paraît en1917 avec le photographies novatrices de Paul Strand, en rupture totale avec le Pictorialisme et annonçant la "photographie directe" (Straight Photography).

1905 il devient membre de la « Royal Photographic Society »de Londres.  

De novembre 1905 jusqu’à 1917, il dirige The Little Galleries of the Photo-Secession, qui prennent ensuite le nom de « 291 », car elles se trouvent situés au n° 291 de la 5e Avenue à New York.
Edward Steichen avait indiqué à son compère Stieglitz la vacance de son ancien studio situé sous le toit de l’immeuble. Il lui apporte son aide précieuse dans cette entreprise par ses nombreux allers retour en Europe, des voyages dont il ramène des œuvres d’innombrables artistes tels que Rodin, Maillol, Monet, Cézanne....

A partir de 1907, « The Little galleries » vont exposer de nombreuses figures de la scène artistique parisienne, tel Constantin Brancusi, Paul Cézanne, Henri Matisse, Pablo Picasso, Marcel Duchamp, Francis Picabia, ou Georges Braque.

Juin 1907, Stieglitz photographie « The Steerage »  ("l’entrepont"), du nom de la passerelle qui sépare les secondes des troisièmes classes, sur le Kaiser Wilhem, un luxueux navire allemand, à bord duquel il part en Europe. Cette photographie mondialement connue reste sa photo préférée. Il ne la présente au public qu’en 1911, dans Camera Work.

Il devient alors un adepte de la « straight » photographie, rejoint dans cette démarche par d’autres photographes, dont  Edward Steichen, ou Charles Sheeler. L’exposition de dessins de nus d’Auguste Rodin, en juin 1908 provoque un scandale, et sa parution dans la revue Camera Work dérange. Les premières expositions qu’il consacre  à l’Art nègre, puis au Douanier Rousseau, ou à Gino Severini son sujettes à controverse de la part des critiques.1909, il fait connaissance de Léo et Gertrude Stein, de riches collectionneurs,  très influant sur le marché de l’art.

Novembre 1910, il met en place l'exposition «International Exhibition of Pictorial Photography » à la galerie Albright de Buffalo (NY) avec 31 photographies. C’est la dernière et la plus célèbre des expositions du groupe de la Photo Secession.

Ce succès stimule l’acquisition d'œuvres du groupe Photo-Secession par de nombreux musées, la galerie Albright conserve l'essentiel des tirages de l'exposition.

Stieglitz  voit une première victoire dans l’aboutissement de son combat pour la reconnaissance artistique de la photographie.

Cependant Stieglitz se distancie progressivement de la cause pictorialiste. La publication du travail de Paul Strand dans les deux numéros de Camera Work sont loin de faire l’unanimité et Clarence White, Alvin Langdon Coburn et Gertrude Käsebier quittent la Photo-Secession.
En 1916 ils fondent l'association des "Pictorial Photographers of America".

Février 1913, « l’Armory show », une importante foire d'art contemporain prend place à New York. Elle marque un tournant dans l’histoire de l’art. Stieglitz  y présente des œuvres de Pablo Picasso, Henri Matisse, Georges Braque, Paul Cézanne, Constantin Brancusi, Francis Picabia, Auguste Rodin, Sonia et Robert Delaunay, ou Wassily Kandinsky.

Il est aussi le premier à mettre en avant Marcel Duchamp qui rebaptise un urinoir "fontaine" et le signe Smutt avant de l'accrocher au mur, faisant faire ainsi ses premiers pas à l'art conceptuel, et s’attirant au passage les foudres de la critique et des organisateurs.

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Vers 1917, avec la première guerre mondiale Stieglitz rencontre des problèmes pour acheminer des œuvres venus d’europe, et  ses moyens financiers, qui résident en partie dans la fortune de sa femme s’amenuisent.  Anita Pollitzer, une photographe américaine, lui présente Georgia O’keeffe, une artiste peintre, dont il tombe rapidement amoureux. Lorsque sa femme le découvre durant une séance de pose, avec celle ci, elle le jette dehors.

1918, Georgia O’Keeffe part habiter dans la résidence des Stieglitz à Lake George, où elle peint la nature des monts Adirondack. Durant cette période Stieglitz photographie une série de nuages qu'il nomme Équivalents. C'est aussi une époque où il est confronté au récent décès de sa mère, et à la folie de sa fille unique Katherine.

Février 1921, 45 de ses photographies, dont de nombreux portraits d'O'Keeffe, sont présentées dans une rétrospective à la galerie Anderson, à New-York.

Dans le catalogue de l’exposition  « The Seven Americans », il proclame : «Je suis né à Hoboken. Je suis américain. La photographie est ma passion, la quête de la vérité mon obsession ».  

Les "sept américains" sont Charles Demuth, Arthur Dove, Marden Hartley, John Marin, Giorgia O'Keeffe, Paul Strand, et Stieglitz lui-même.

1924, il divorce d’Emmeline Obermeyer et se remarie avec Georgia O’keeffe, qui a 23 ans de moins que lui. Une exposition de soixante et une photographies d’Alfred Stieglitz et de cinquante et une peintures de Georgia O’Keeffe est présentée à la galerie Anderson.

1925, il ouvre « The Intimate Gallery », où il présente des tableaux de sa deuxième femme, des aquarelles de John Marin, George Lachaise, et des photographies de Paul Strand, et de quelques autres, jusqu’à 1929, date à laquelle il ferme la galerie.

1927, il prend des photos d’un gratte ciel de la chambre de l’hôtel Shelton, qu’il occupe.
Il offre 27 photographies au "Metropolitan Museum of Art". Par cette donation, ses clichés deviennent rapidement une référence majeure aux États-Unis.
1934, il publie « America and Alfred Stieglitz, a Collective Portrait », un florilège de  ses œuvres photographiques.
Après 20 ans de collaboration avec sa femme Georgia, il abandonne la photographie.

Il est confronté à des problèmes cardiaques.

A la fin de sa vie, Stieglitz consacre son énergie à son activité de galeriste. Il  présente plus de peintres et de dessinateurs, que de photographes dans « An American Place », sa troisième galerie, situé au 17 é étage d’un immeuble, duquel il réalise des photographies.

Il s'éteint à Lake George, dans la maison de famille au environ de New York, le 13 juillet 1946, à l’âge de 82 ans.

Son talent de photographe, allié à son action de pionner comme critique, galeriste, éditeur, ou comme mentor de Giorgia O’Keeffe, Arthur Dove, Marsden Hartley, Ansel Adams, ou Eliot Porter, et son combat en faveur de la reconnaissance de la photographie comme art à part entière, ainsi que sa clairvoyance en matière d’art contemporain, font de lui non seulement l'un des plus grands photographes du début de ce siècle, mais également un personnage incontournable dans l’histoire de l’art.

De nombreuses photographies d’Alfred Stieglitz figurent parmi les collections du "Museum of Modern Art "de New York, du "Metropolitan Museum", ou du "Museum of Fine Arts de Boston". Une épreuve des mains de Georgia O'Keeffe, ainsi qu’un nu signés Stieglitz ont été adjugés pour la somme respective de 1 177 856 euros et 1 093 723 euros, lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s en 2006.

C’est dire combien, il reste célèbre, encore aujourd’hui.

Roland Quilici

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Photo 2 : Flatiron Building Reproduction artistique Stieglitz, Alfred Acheter cet article at AllPosters.com
Photo 3 : Georgia O'Keeffe 1920 Estampe Stieglitz, Alfred Acheter cet article at AllPosters.com
Photo 4 : The Torso, 1909 Photographic Print Stieglitz, Alfred Acheter cet article at AllPosters.com

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Chronique par Roland Quilici
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